Historique de la distribution d'eau à Maisons-Laffitte


L'ancienne fontaine hier et aujourd'hui

Retour à l'accueil mansonnien
par Michel Barthou, Directeur de la Compagnie des Eaux de Maisons-Laffitte
ML-Info, février 1986
Les illustrations ne sont pas celles de l'article, dont la reproduction dans le journal ne sont pas de bonne qualité.


Les premiers habitants de Maisons s'établirent à proximité de la Seine qui devait leur fournir toute l'eau nécessaire à leurs besoins.


Photo ancienne du moulin (fonds Geneanet). Maquette dans l'entrée de la mairie

La première installation de distribution d'eau. Jean de Longueil, propriétaire du château édifié entre 1643 et 1651 par François Mansart, fit installer par l'Anglais Moreland à la sortie du petit bras de Seine, entre les berges gauches du fleure et l'île, un bâtiment élégant abritant à la fois un moulin à farine et une machine hydraulique qui élevait l'eau jusqu'au châeau. La roue motrice fut construite par le charpentier liégeois Rennequin Swalem sur les plans du Chevalier de Ville. Elle servit de modèle pour la construction de la fameuse machine de Marly, considérée à l'époque comme la huitième merveille du monde.

Vers 1779, Jean-François Joseph, premier architecte du Comte d'Artois, futur Charles X, qui avait acquis le château en 1777, restaura la machine hydraulique. On lui attribue la charmante fontaine de style Louis XIV construire sur la place de l'église et qui permit de fournir de l'eau de Seine aux habitants du village, peu nombreux (en 1783, le village se compose d'une quinzaine de maisons).

En 1797, le Directoire décida de mettre en vente le château et ses dépendances devenues biens nationaux. Par acte national de vente du 6 pluviôse de l'an VI, le Sieur Lanchère, fournisseur aux armées, acquit le château et ses dépendances dont la machine hydraulique.

En 1822, le village de Maisons-sur-Seine comptait 500 habitants.

En 1834, le banquier Jacques Laffitte, propriétaire du château, décida de tirer parti de son domaine de Maisons en lançant une vaste opération immobilière. Il lotissait son domaine de façon à créer un centre de villégiature pour les habitants fortunés de la capitale... Une "colonie" pour reprendre le terme utilisé à l'époque.

En 1858, Charles Laffitte, neveu du fondateur de la colonie du parc, constatant que, loin de jouir de la faveur que semblaient devoir lui assurer sa position privilégiée à l'écart des localitéts fréquentées par la foule, ses belles avenues et ses espaces réservés, Maisons, qui n'était pas en mesure de fournir à ses habitants l'eau nécessaire à ses besoins les plus immédiats, ne profitait pas de la prospérité des communes voisines de la capitale.

La roue hydraulique avait été acquise entre temps par la Société Civile des Eaux du Parc de Maisons. Cette machine ne fonctionnait pratiquement plus l'été lorsque l'Administration procédait à la fermeture du barrage d'Andrésy nouvellement établi.

Le 9 juillet 1858, Charles Laffitte proposait de doter la Municipalité d'un service moderne de distribution d'eau.

Le 7 avril 1859, Louis Pierre Gautier, maire de Maisons-sur-Seine, signait au nom de la Ville avec Charles Laffitte, un traité conférant pour cinquante ans à la Compagnie es Eaux de Maisons-sur-Seine le privilège exclusif de distribuer l'eau sur tout le territoire de la commune... sauf une partie du Parc.

Entre 1859 et 1861, s'édifièrent les installations du Service et furent posées les premières conduites de distribution. L'usine élévatoire, située en bordure de Seine, puisait l'eau du fleuve grâce à une machine à vapeur fonctionnant au charbon... et la refoulait dans le réseau jusqu'à un réservoir situé rue de la Muette, sur un point haut situé bien au-delà du périmètre bâti de l'époque.

En 1856, la population de Maisons-Laffitte était de 1.752 habitants, le nombre de maisons de 380.

En 1871, de 2 175 habitants et 474 maisons.

En 1862, il y avait 178 abonnés dans le Parc et 108 abonnés dans le village, dont 286 maisons reliées au réseau, long de 16.470 mètres, le volume d'eau vendue était de 121.000 m3.

En 1874, 221 abonnés dans le Parc et 337 dans le village, soit 558 maisons alimentées en eau - sans doute la presque totalité du domaine bâti de Maisons-Laffitte qui, en 1876, comptait 667 maisons pour 3.247 habitants.

En 1874, le réseau du Parc avait 12.200 mètres, celui du village 7.700 mètres et le volume d'eau vendue de 220.000 m3.

L'extension du réseau devait se faire par la suite au rythme d'expansion de la ville.

En 1874, la Compagnie Générale des Eaux rachetait au Syndicat du Parc le moulin à eau et ses accessoires, la conduite et le réservoir, et obtenait le droit de distribuer l'eau dans la partie du Parc non attribuée à la Compagnie des Eaux de Maisons-Laffitte.


Les tours, rue de la Muette, qui devaient supporter les réserves d'eau. Document Servisit

En 1880, la ville comptait 3.700 habitants et 680 maisons. Les réserves d'eau étant devenues insuffisantes, un nouveau réservoir de 500 m3 fut édifié, rue de la Muette, à proximité de l'ancien.

En 1883, les premiers compteurs d'eau furent installés chez les abonnés.

Dès 1884, par suite de l'extension du réseau d'égouts de la Ville de Paris, qui amenaient en Seine les eaux usées de la capitale, contaminant ainsi les eaux du fleuve, la Compagnie chercha à s'affranchir des eaux de Seine. Elle construisit deux forages de 40 mètres de profondeur jusqu'aux sables de l'argile plastique. Mais les débits d'exhaure, d'environ 40 m3/h furent insuffisants pour assurer l'alimentation par la seule eau souterraine.

Une prolongation du contrat de 30 ans fut négociée avec la commune en 1884.

En 1885, des pompes à vapeur furent installées sur les forages, qui permirent d'extraire 80 m3/h, quantité suffisante pour assurer l'alimentation de Maisons-Laffitte lors des périodes de pointe. Le nombre d'abonnés était de 843. Le réseau avait une longueur de 23.600 mètres.

En 1888, aménagement des bureaux et du logement du Directeur dans le réservoir construit en 1859. Le réseau était long de 24.200 mètres. Le volume des eaux vendues de 231.000 m3.

En 1898, alimentation en eau du Camp militaire en construction.

En 1900, forage de 5 puits jusqu'à la base des alluvions, d'une capacité de 100 m3/h. Le forage de 1884 était capable de fournir 35 m3/h.

En 1901, construction d'un nouveau réservoir maçonné de 1.000 m2 semi enterré, sur un terrain avenue de Poissy, en bordure de la forêt de St-Germain, la ville continuant de s'agrandir vers l'Ouest, avait 6.730 habitants et 1.298 maisons, dont 1.117 raccordées au réseau, long de 27 000 mètres.


Le puits artésien (fonds Petites Ecuries). Autres documents sur le puits artésien au fonds Petites Ecuries

Le débit des forages installés tant dans les sables de l'argile plastique que ans la base des alluvions était insuffisant pour alimenter Maisons-Laffitte en eau souterraine. Etienne Peroux, géologue et chimiste très distingué, acquit la conviction, après de nombreuses études et recherches, qu'un forage creusé à Maisons-Laffitte pourrait atteindre la nappe d'eau de l'étage Albien de l'ère secondaire et fournir 300 m3/h une eau aux qualités exceptionnelles. Malgré les avis défavorables et de nombreuses objections, Etienne Peroux réussit à faire partager sa conviction au Conseil d'Administration et aux actionnaires de la Société qui décidèrent de mettre le projet à exécution.

Les trvaux confiés à l'Entreprise Lefebvre Frères de Quievrechain (Nord) commencèrent le 25 septembre 1907 et se terminèrent le 28 mai 1909. Le succès fut compet. La profondeur de 576 mètres affichés, une trombe d'eau jaillit du puits avec un débit de 700 m3/h, qui devait se stabiliser à quelque 600 m3/h.

Les analyses d'eau effectuées par le Laboratoire du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France révélèrent que l'eau extraite était d'une grande qualité.


En rouge sur ce plan de 1905, les canalisations d'eau. En bleu ?

En 1910, la rue de la Seine noya les pompes de l'usine de la rue de Paris, interrompant la distribution pendant quelques jours. En 1911, il fut décidé l'achat de deux nouvelles chaudières à charbon et de deux machine à vapeur actionnant des pompes de 200 m3/h, la construction d'une nouvelle usine pour abriter ce matériel, l'édification d'un atelier et d'un logement pour le mécanicien (rue de Paris) et la pose d'une nouvelle conduite de refoulement ; ces installations subsistent encore.

En 1920, la Compagnie signa un contrat de fourniture d'eau avec la gare d'Achères. En 1922, les volumes vendus à la S.N.C.F. représenteront 282.118 m3, près de 70% des volumes vendus aux particuliers, soit 415.036 m2. La population de Maisons-Laffitte était supérieure à 10.600 habitants, le nombre de maisons de 1.600.

Entre 1907et 1930, une dizaine de nouveaux forages albiens furent construits en région parisienne, faisant baisser le débit du forage. En octobre 1931, un incident survint sur les tubes acier du forage, qui, corrodés, descendirent de quelques mètres.

Entre le 4 juillet 1932 et le 30 octobre 1932, un deuxième puits fut foré par l'Entreprise Layne France et Compagnie de Paris, profond de 662 mètres et fournissant 150 m3/h.

Une prolongation de 35 ans du contrat de concession fut signée entre la Ville et la Compagnie des Eaux en décembre 1936.

En 1941, le forage n°1 fut équipé d'une pompe d'exhauste électrique.

En 1942, le refoulement fut renforcé par la mise en place d'un groupe motopompe électrique et de deux groupes Diesel, de façon à pallier tout manque d'approvisionnement en charbon.

En 1944, fut édifié avenue de Poissy, en bordure de la forêt de Saint-Germain, à proximité du rérservoir semi-enterré construit en 1901, un réservoir surélevé de 1.000 m3, pour disposer d'une réserve supplémentaire, permettant de faire face à des incidents liés à la guerre, notamment aux bombardements, rupture de courant, incndies, coupure de vonduite.

En 1945 et 1946, le refoulement fut équipé d'une deuxième pompe électrique ainsi que le forage no 2. En 1947, les anciennes pompes à vapeur, les chaudières, les groupes électrogènes furent démontés, la cheminée de l'usine démolie. Le nombre d'abonnés était de 2.500 en 1947, la consommation voisine de 500.000 m3 d'eau.

En janvier 1961, un éboulement se produisit à l'intérieur du forage no1, limitant les possibilités d'exhaure. L'établissement d'un nouveau puits fut décidé. Il fut construit par la Compagnie Générale de Forage COFOR de Paris, entre le 28 juin et le 16 décembre 1965. Profond de 610 mètres, il produisait 20 m3 d'eau à l'heure.

La Ville connut un accroissement rapide au cours des années 1950 et 1960. Pour les deux seules années de 1961 et 1962, 663 logements furent raccordés au réseau. Le nombre d'abonnés reliés était de 2.754 en 1964, 2.818 en 1972 et de 3.050 en 1984.

En 1949, le réseau comportait 46.682 m de conduites, 48.228 en 1967, 50.647 en 1973, 52.023 en 1985.

Les volumes d'eau consommés augmentèrent rapidement. Le cap du million de m3 par an fut franchi en 1964, celui de 1.500.000 en 1971. Il a atteint 1.700.000 en 1984.

Cette croissance a été accompagnée par un effort de modernisation sans précéden. Entre 1960 et 1984, il a été remplacé plus de la moitié des conduites du réseau, 27.000 mètres sur 52000 mètres.

Entre le 15 mars 1975 et le 1er juillet 1977, un nouveau château d'eau de 2.500 m3 a été construit, rue du Tir, en limite de forêt de Saint-Germain ; l'ouvrage est plus haut de 10 mètres que l'ancien réservoir de l'avenue de Poissy afin d'augmenter la pression du réseau et d'alimenter, sans surpresseur, les immeubles élevés de la Commune.

Une installation de déferrisation a été construite entre le 1er septembre 1979 et le 1er mars 1981 à l'usine de la rue de Paris pour pouvoir éliminer le fer contenu dans l'eau à la sortie des forages. Ce traitement a amélioré de façon sensible la qualité de l'eau en éliminant les problèmes dus à la couleur rouille.

Des automatismes ont également été mis en place à l'usine élévatrice et sur les pompes d'exhaure, pour améliorer la fiabilité et la sécurité du service.

L'ensemble des investissements pour cette période représente près de 37 millions de francs 1985.


Une eau de qualité

Cette eau provient de la nappe aquifère de l'Albien (crétacé inférieur) située à quelques 6àà m de profondeur à Maisons-Laffitte et qui affleure en auréole sur le pourtour orienta du bassin parisien, en Argonne, en Champagne Humide, en Puisaye, et à l'Ouest, à l'embouchure de la Seine, dans le Boulonnais et le Pays de Bray.

Des analyses isotopiques récentes ont permis de déterminer que les eaux de l'Albien sont des eaux de pluie infliltrée, pour l es plus récentes, au Magdalénien (il y 8 à 13.000 ans et, pour les plus anciennes à la fin du Würm (il ya de 18 à 25.000 ans). (Etude du BRGM 78 - SGN 697 BDP).

Cette eau est à l'abri de toute pollution. Elle ne contient aucun germe (pathogène ou non).

Elle subit un léger traitement d'aération et de filtration pour supprimer sa teneur en oxygène dissous et pour éliminer le fer (0,2 mg/l) qu'elle contient.

Elle est très équilibrée, du point de vue chimique, faiblement minéralisée ; elle est douce (dureté totale de 10 degrés français). Elle ne doit donc pas être adoucie, notamment en machine à laver la vaisselle, par l'adjonction de sels>. Elle permet au savon de mousser abondamment, et n'entartre que très faiblement les bouilloires et casseroles.

Prélevée à 600 m de profondeur, sa température au robinet est en général voisine de 30°, ce qui est un avantage important pour la protection contre le gel des installations et sa transformation en eau chaude. Les "gourmets" la boivent légèrement refroidie.