La Convention climat ouvre à l’espoir. Le peuple français est capable de regarder l’exigence climatique en face. C’est le moment de rebondir !



La Commission Consultative pour le Climat (CCC) a donc terminé ses travaux, et l’on a pu s’interroger à propos du « sans filtre » promis par le Président de la République devenu « cent filtres » selon certains membres de la commission, et donc sur le pouvoir effectif qu’on a laissé à cette assemblée composée par tirage au sort comme un modèle réduit de la société française.

Cette expérience d’application du tirage au sort dans le processus de fabrication de la loi nous parait d’un grand intérêt, cependant ce n’est pas ce dont nous souhaitons parler ici, mais plutôt de l’urgence climatique et de la manière d’y faire face.

En effet, L’Etat a eu recours à ce type de consultation inédit après le mouvement des gilets jaunes, et son refus - entre autres - d’une forme de « taxe carbone ». Il s’agissait, plus largement, de conjurer l’écologie dans son approche prétendument punitive, et en somme, de tester la capacité de la société française et non seulement de sa frange la plus incluse ou la plus éduquée, à accepter une trajectoire de sobriété systémique allant dans la direction d’un profond changement de modèle.

De ce point de vue, l’essai semble concluant : les 150 membres de la CCC ont démontré que si on prend les gens au sérieux, si on les forme pour qu’ils comprennent les enjeux, un consensus est possible autour du principe de mesures exigeantes et courageuses pour lesquelles ils deviendront force de proposition.

Le gouvernement et le parlement devraient garder le cap de continuer à « tirer » la population vers un plus haut niveau de conscience et d’exigence. On aurait pu, déjà, rebondir sur le niveau d’exigence collectif déjà remarquable que la CCC a permis d’exprimer. On aurait pu prendre en considération le fait qu’une grande partie de ces « citoyens » venait de l’indifférence, voire du climato-scepticisme et que son unanimité du mois de juin était en soi un résultat remarquable. Dans ce contexte, tout éventuel marchandage où l’on chercherait à revenir en arrière – peur du succès obtenu ?- sous prétexte de réalisme économique et sociétal serait incongru.

Au fond le problème n’est pas, n’aurait peut-être jamais dû être de reprendre les mesures proposées par la CCC telles-quelles. Feindre de croire que c’était là l’enjeu serait-il une diversion ? Or prendre au sérieux la production de la CCC c’est avant tout en conserver l’esprit, le sens, un même niveau d’ambition dans les objectifs.

Pour les formuler ensuite sous une forme réaliste et faisable, on aurait pu mobiliser en amont de la décision politique, pour fournir au Gouvernement et au Parlement des modalités alternatives entre lesquelles trancher, à nouveau d’exigence inchangé. On aurait donc pu passer commande aux administrations de l’Etat ou des collectivités, aux centres de recherche, bref, mobiliser tout un service public qui reste un vivier de compétences et de créativité, bien qu’ayant été décimé sans relâche depuis plus de vingt ans.

  • Il est à nouveau question dans l’Opinion d’action et de dette publiques, c’est sans doute le moment de revenir sur les outils collectifs dont nous avons besoin, en deçà et au-delà de la décision, pour la conception et la mise en œuvre. Un retour sur la manière dont l’Etat s’est systématiquement privé de ses moyens d’expertise sous prétexte de cure d’amaigrissement serait d’actualité, et Il faudrait aussi se souvenir que Michel Pébereau, président de la commission du même nom en 2005, et après même que le président Chirac eût lancé son célèbre appel de Johannesburg, avait prétendu ériger dans l’Opinion la lutte contre l’endettement public au même niveau d’urgence que la lutte contre le changement climatique ! C’est d’ailleurs un biais et non des moindres de confondre la question des ressources publiques avec celui de la dette qui, à côté de l’impôt, n’est qu’une de ses modalités possibles.

Nous écrivions diversion, à propos de la confusion entre le niveau d’ambition d’une part, et des mesures qui auraient été directement applicables, d’autre part. Diversion pour ne pas prendre au sérieux la population, sa capacité à prendre en compte la réalité, sa maturité, sa capacité à dire ce qu’elle souhaite, l’orientation qu’elle souhaite, sa souveraineté, en somme ?

Une commission pour enterrer un problème, selon la formule éprouvée ? Mais si elle l’exhume et le met en relief, au contraire, comment alors s’en débarrasser? On sait qu’en matière de démocratie, et surtout de démocratie directe, rien n’est jamais acquis. On peut cependant espérer : la prise de conscience progresse, le désir de plus de pouvoir sur ce qui détermine nos vies, aussi. Prendre conscience des freins, du poids du court terme, des habitudes, de l’allégeance à certains intérêts privés cela fait partie aussi de l’empuissantement !

Vincent Wahl, 17 mars 2021

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