La place Ianchelevici : le film 1600-2022



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A gauche, une vue ancienne du chemin de Fromainville, à l'opposé géographiquement, mais rappelant l'atmosphère qui devait à la Belle Epoque à l'embranchement qui devait devenir la place Ianchelevici.

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Avec un grand merci à Jacques Lutz, à qui nous devons nombre de ces documents. Et merci à Béatrice Vivien pour ses observations.
On retrouvera certaines de ces photos, avec une meilleure résolution, sur le site des Petites Ecuries




Sur cette reconstitution due à Pierre Dhers, et valable au moins jusqu’en 1634. siècle, on voit déjà l'embranchement de deux chemins en venant de Poissy : l'un qui va vers Fromainville,, l'autre qui se dirige vers le bord de Seine et probablement le port et le bac. L'appellation "Chemins des Canus" n'est peut-être pas d'origine, puisque dans notre plan suivant, il s'agit du chemin de Croix-Castel. Tout cela est nettement en dehors du village.


Sur le cadastre "napoléonien" de 1820, l'embranchement est nettement mieux marqué, et distingue un chemin large, qui va de Poissy au château, et toujours le chemin de Castel. Mais le chemin, non nommé, qui faisait la frontière en deux sones rurales, ne rejoint pas exactement à l'embranchement, mais s'arrête au chemin de Croix Castel. Noter toujours l'absence de constructions mais, en revanche, l'extrême finesse du découpage cadastral.



85 ans plus tard, le carrefrour est bien constitué comme tel, avec son triangle fermé par la rue du Bois-Bonnet. Tout ce territoire est désormais quadrillé par des rues formées, nommmées à peu près comme aujourd'hui, et bordée de nombreux bâtiments.
Le carrefour triangulaire est dominé par l'usine de Borax. et par un assez petit immeuble au coin de Canus et Bois-Bonnet (aujourd'hui Foch). Plusieurs villas occupent les espaces entre Canus et Poissy et entreBois Bonnet et Poissy.

Nous n'avons pas de dates précises pour les cartes postales suivantes, et les avons rangées dans l'ordre le plus vraisemblable étant donné l'évolution des bâtiments.



Sur ceette vue orientée vers Poissy, le triangle reste vide, On devine, peut-être, quelques petits arbres sur la gauche. Le bord de l'avenue de Poissy est occupé par des maisons basses et de grands jardins, avec de beaux arbres. Mais l'avenue elle-même n'est pas arborée. Pas de trace de la future rue George V.

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En regardant cette fois vers la gare, les petits arbres sont bien visibles. Mais surtout les constructions se sont multipliées. Au centre de la photo, avenue de Poissy et rue des Canus, les maisons sont déjà celles d'aujourd'hui. Les mots mis en enseigne seraient interdits aujourd'hui, au moins "vins" et "liqueurs". Et l'on n'oserait plus ajouter "cabinets". Mais que veut dire "société" ? Sur la photo de droite, on voit que la rue du Bois-Bonnet comporte elle aussi une boutique (au coins à gauche) et, à droite, une grande villa avec un beau jardin, qui subsistera jusqu'aux années 2020 (voir plus loin).

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Un peu plus tard, dans doute le triangle s'orne d'un petit kiosque. Pour les journaux ? Il cache en partie une construction en pierre. Serait-ce une fontaine ?



En se tournant maintenant vers la gare, on voit un autre débit de boissons et un coiffeur. Ils sont suivis d'une série de maisons avec jardins qui subsisteront jusqu'aux années 2000.

Cet ensemble de photos "de la Belle Epoque" nous pose deux questions :
- pourquoi un tel développement des commerces sur cette petite place un peu loin du centre
- pourquoi d'ailleurs tant de cartes postales d'un endroit qui n'a rien de particulièrement touristique ?

Cela pourrait venir de l'afflux de travailleurs à l'usine de borax par elle-même et par l'importance des trafics qu'elle génère avec la gare (qui n'est pas loin) et le dépôt des scories rue des Côtes, de l'autre côté.
Or, à l'époque, il n'y a pas pratiquement pas de téléphone. Et tout le monde n'avait pas la capacité de rédiger de belles lettres. Alors, la carte postale, c'est le moyen d'envoyer des nouvelles à ses proches et amis sans avoir à écrire longuement.

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Mais, après la guerre de 1914-18, l'ambiance commence à changer. L'usine de borax ferme. L'ilot qu'elle occupait est percé de deux rues (George V et Laffitte). Au coin de la rue de Mexico,l l'immeuble de quatre étages que nous connaissons encore aujourd'hui (avec l'agence d'assurances Cabanès depuis des lustres) remplace le précédent, sans doute véuste.

1925/

En 1925 (carte postale publiée par Dom Coutel) l'usine a disparu. Un assez grand immeuble (quatre étages) s'est construit au coinn de Mexico, écrasant l'ensemble et en particulier la masure à côté de lui sur Poissy. Le kiosque a disparu. Reste une construction qui évoque un débarrés pour la voirie,/ avec des tas de terre ou graviers, une baraque, sans doute pour le matériel de voirie)... mais avec un bel arbre. De charmantes jeunes femmes montrent leurs robes, mais, à l'époque encore, les instantanés restaient difficiles et il s'agit sans doute d'une pause demandée par le photographe.

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Les plans de 1931 et 1936 montrent que les constructions se densifient.

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Et nous voici dans les années 1960. L'automobile se généralise. La circulation va s'accroître et, comme dans l'ensemble de la ville, rendre la place de moins en moins hospitalière aux piétons et aux cyclistes. Les commerces vont avoir de plus en plus de mal à se maintenir. Une agence du Crédit Lyonnais fonctionne quelques années au coin de la rue de Mexico. Le débit de boissons est devenue le Celtique, avec sa clientèle typiquement populaire, qui vient fumer sa clope, boire une bière et prendre un ticket de PMU.


En face, existe encore jusqu'en 2020 une vaste villa qui datait du siècle précedent. Elle appartenait à un radio-amateur, et portait donc dans les années 1980 encore, une grande antenne sur le toit (elle avait déjà disparu au moment de cette photo).

Le cadastre

La circulation automobile est de plus en plus encombrante. Les poids lourds ont pris en charge le fret qui, jusqu'un peu après la guerre, faisait vivre la gare de marchandises (date à vérifier). Pour éviter les accidents à ce carrefour maintenant chargé, et notamment pour obliger les chauffeurs à réduire leur vitesse, le triangle est remplacé par un un rond de petit diamètre. Il est en pratique inaccessible aux piétons. Il n'y a plus d'arbre, non plus.


Mais apparaissent deux chevaux une sculpture par Ianchelevici, qui a donné son nom à la place. Charmantes amours équines

Sur cette photo de nuit, les chevaux sont en place. La grande villa au coin est encore là.

En revanche, la mairie marque le caractère hippique de la ville avec une belle sculpture de Ianchelevici, qui donne désormais son nom à la place.

Les voitures passent, mais ne peuvent stationner. Restaurants et commerces disparaissent que ce soit à l'entré de l'avenue de Gaulle ou, au coeur du carrefour, le Celtic lui-même.

Dans les années 2020, on entre dans une nouvelle logique : densification, gentrification, tertiarisation, distanciel (Sur cette question, on trouvera des développements, très généraux, dans La ville intelligente de Marion Trommenschlager (L'Harmattan 2021) Typiquement :


- Un grand immeuble, soigné mais massif, remplace la villa du radio-amateur


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- A la place du Celtic s'ouvre le Yuta, (interjection italienne intraduible)dont la devanture fermée porte un message clair : le click and collect remplace le verre au bistro. Autre cuisine, autre clientèle, autre mode de consommation, avec même son groupe Facebook. Et une pizzeria s'ouvre à l'entrée de l'avenue Foch. On peut consommer sur place, mais pas tous les jours. Et le téléphone est affiché en grand. Le distanciel prend le pas sur le distanciel.


- A la place du Crédit Lyonnais, une entreprise de peinture en bâtiment. Là, on s'est un peu éloigné du tertiaire.



- L'assureur, par contre, reste bien à sa place. Il s'intègre d'ailleurs une petite boutique adjacente qui vendait, ses dernières années, des systèmes de serrurerie.



Reste un doute sur l'avenir. En direction de Poissy, l'activité automobile était devenue dominante, avec une station-service puis un concession Nissan. Toutes deux ont termé. Il reste un espace pour l'instant inoccupe, et un vaste espace commercial qui, semble-t-il va être occupé par un magazsn La Vie Claire. En face, dans le nouvel immeuble, un non moins vaste espace commercial attend un locataire. Il serait loué par un cabinet d'expertise comptable. On sentira mieux la tendance vers la fin de 2022, quand les appartements seront occupés et les vitrines remplies.

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Restent deux autres points d'interrogation :
- Les pompiers. Leur immeuble date des années 1950 et n'est pas en très bon état. Avec les services techniques de la mairie qui prolongent la caserne le long de la rue George V, il y a là un grand espace possible pour d'autres projets.
- Une assez longue bande de terrain après le nouvel immeuble, sur l'avenue de Poissy.

Pour l'instant, aucune information officielle ne parle de leur avenir.

A suivre, donc.

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