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Toulouse ou l'évolution en douceur


Le Monde Informatique 14/10/1994

Faire plus et mieux sans dépasser les possibilités budgétaires, voilà l'impératif assigné à l'informatique par Dominique Baudis, maire de Toulouse. Ce que Jacques Tournet (directeur général adjoint des services techniques) traduit: "Nous devons venir en support des efforts de gestion. Pas de spectaculaire, ni d'innovation à tout crin". Mais aussi, pour obtenir les meilleurs prix, arriver à l'indépendance vis à vis des systèmes d'exploitation. Et des fournisseurs, qu'ils soient constructeurs ou éditeurs. Résultat: un budget informatique de 1,2% (télécommunications liées à l'informatique comprises), en dessous de la moyenne des collectivités territoriale. Mais aussi une couverture fonctionnelle de 170 applications, y compris une bureautique généralisée, une télématique pour les personnels comme pour l'extérieur et un système d'information géographique pour la base de données urbaine.

L'architecture technique évolue en douceur vers les systèmes ouverts, à partir d'un IBM 4381 qui ne grossit plus depuis des années. Il n'est plus qu'un serveur parmi les autres, des Vax de Digital Equipment essentiellement. Il faut donc "gérer volontairement l'hétéroclite". D'autant plus que les utilisateurs disposent d'une grande liberté pour le choix de leur poste de travail. Depuis les terminaux passifs (3270 et Digital VT) jusqu'aux stations de travail pour le système d'information géographique, en passant par des PC et des Macintosh. Les liaisons passent par des réseaux locaux Ethernet TCP/IP. Avec une messagerie Spheris (de Télésystèmes).

La Ville recourt au facilities management pour l'assistance systèmes (avec Steria Exploitation) . La diversité des machines et des systèmes utilisés ne permet pas de disposer en interne de toutes les compétences nécessaires. Même type de solution, avec France Télécom, pour la gestion des réseaux (gain de 30% sur le prix de revient par rapport à une gestion autonome). De plus, la municipalité a participé aux investissements régionaux en liaisons haut débit, qui ont débouché sur le réseau Octares, destiné aux grandes entreprises. Tout en s'étant mis en retrait après sa mise en service, elle profite des infrastructures ainsi mises en place.

Le 4381 assure encore trois grandes applications: ressources humaines, fichier électoral, gestion financière. Pour cette dernière fonction, Toulouse participe à Heptafi, groupement de sept grandes villes pour les applications financières, et notamment l'application de la nouvelle comptabilité communale M14. L'évolution va se poursuivre, en s'éloignant des systèmes propriétaires, MVS ou VMS, chaque fois qu'une application vieillit et qu'il faut la repenser. Quand sa rentabilité la justifiera, une GED (gestion électronique de documents) viendra rajeunir l'ensemble de l'architecture. Mais sans précipitation.

Une telle souplesse a de quoi faire rêver bien des entreprises. Elle s'explique en partie par l'hétérogénéité naturelle des applications dans les collectivités territoriales (voir article ci-joint). Cette diversité a gêné hier ceux qui visaient une intégration maximale. Elle est aujourd'hui en phase avec l'évolution technique vers les systèmes ouverts. Toulouse a bien l'intention d'en profiter.

Pierre Berger

Un critère décisif, le coût des données

Une part des données dont ont besoin les décideurs découle naturellement des applications opérationnelles. A condition, dans certains cas, de s'assurer de la compatibilité entre les différents systèmes. Mais, pour le lancement d'applications nouvelles, le coût initial de saisie ou d'acquisition des données peut devenir un critère décisif de lancement ou d'ajournement du projet. La ville de Toulouse en montre trois exemples.

Pour la base de données urbaine et son système d'information géographique, la réflexion a commencé en 1971-72. Le coût prévisible, 50 millions de F, ne pouvait se justifier économiquement. De plus, le système aurait été implanté sur une machine CII, à l'avenir incertain. A partir de 1981, la ville s'est intéressée à la solution développée à l'outil Carine développé à Marseille, dont la société informatique Icorem avait rodé la méthode d'acquisition des données.

En 1983, Pierre Baudis et Gaston Defferre se mettaient d'accord pour une coopération. La polygonation, à 5 centimètres près, partait de relevés par avion (aéro photogrammétrie), sur une grille de 7000 points. Le coût initial se voyait ramené à 25 millions de F. De plus, grâce au "carnet électronique" mis en place dans les services techniques et chez les géomètres, ce maillage de base s'enrichit progressivement en sous-produit de toute opération sur le terrain. Il comporte aujourd'hui 25 000 points. Des accords avec le Cadastre, EDF-GDF et la Générale des Eaux assurent une mise en commun des relevés et des données entre les différents partenaires. Des négociations sont en cours avec France-Télécom.

Pour l'informatisation des bibliothèques, la ville a attendu la disponibilité sous forme informatique du catalogue de la Bibliothèque nationale. La création des catalogues locaux se réduit alors au minimum de données nécessaires à l'identification des ouvrages. Une économie de 600 000 F.

Enfin, l'automatisation des états-civils anciens exige une saisie à partir de livres reliés, parfois en mauvais état. Perpignan, il y a quelques années, a choisi une saisie classique. Antibes, en 1990, a opté pour une photocopie suivie d'un passage au scanner. Bordeaux, plus récemment, a pu mettre en oeuvre une scannerisation directe des anciens registres. Cette solution sera reprise par Toulouse.

Mais chaque commune peut évaluer différemment la date la meilleure pour lancer une application. Même à coup plus élevé, il peut être avantageux de lancer rapidement une application pour réduire aussi tôt que possible les coûts de fonctionnement.


Un secteur de choix pour le client/serveur


Les collectivités territoriales offrent aux architectures ouvertes un domaine d'application particulièrement adapté. Elles doivent en effet mettre en oeuvre un grand nombre d'applications différentes et faiblement reliées entre elles. Voire même radicalement séparées pour protéger nos libertés. Leur concentration sur une même machine ne pouvait donc se justifier qu'aux époques, aujourd'hui révolues, où le mainframe apportait seul une puissance de calcul et de stockage suffisant tout en étant trop cher pour se multiplier.

Ces applications et les progiciels qui les traitent ont souvent besoin de machines nettement différentes, sans parler des modes de gestion. Rien de commun, par exemple, entre la comptabilité générale et le pilotage en temps réel des transports urbains. De plus, les activités se répartissent entre plusieurs sites, parfois plusieurs dizaines: hôtel de ville, mairies annexes, services techniques, ateliers municipaux, centres de pilotage des transports... dispersés sur le territoire communal.

En revanche, les cols blancs ont besoin d'outils bureautiques, qu'il y a intérêt à unifier. Et tous les cadres ont besoin de communiquer entre eux et d'accéder, dans certaines limites, aux applications de leurs collègues. Il est donc logique de les munir de postes de travail suffisamment homogènes.

L'architecture client/serveur se présente donc comme la solution toute naturelle à l'ensemble de ces contraintes. A condition de disposer d'un bon réseau et d'un "middleware" assurant la cohérence. Les serveurs peuvent alors s'implanter au mieux des exigences en temps de réponse, des locaux disponibles, de l'optimisation des coûts de réseaux et du travail des personnels de support.

Les grandes villes viennent peu à peu à ce type d'architecture par une montée progressive des serveurs spécialisés et une stabilisation, sinon un downsizing, de leurs grandes machines propriétaires. C'est le cas de Toulouse (article joint). Les petites, qui peuvent avoir commencé par un simple PC, étoffent peu à peu leur parc comme leur réseaux et se dotent de serveurs de plus en plus puissants.

Selon une enquête de l'Observatoire des télécommunications dans la ville, le parc de micro-ordinateurs est passé de 70 000 à 120 000 en deux ans, notamment dans les petites communes. Parallèlement, l'utilisation des réseaux Transfix s'est accru sensiblement, et le nombre d'abonnements à Numéris a triplé depuis 1991. Il serait intéressant, pour les années à venir, d'évaluer l'évolution des architectures

P.B.

nformatique et collectivitésl locales


Les dixièmes journées "Informatique et collectivités locales" se tiendront au Cnit du 18 au 20 octobre. Elles mettront l'accent sur la nouvelle comptabilité M14, notamment dans les villes petites et moyennes. Elles insisteront sur ses conséquences pour la gestion financière. Les principaux autres thèmes s'organisent autour des relations humaines, de l'action sociale, des services techniques et des systèmes d'information géographique. Les sessions techniques mettent en avant les réseaux, l'EDI, et la messagerie, sans oublier les EIS, la maîtrise des investissements et des marchés informatiques et la communication avec les utilisateurs.