A tous les coups, les machines gagnent. Que faire ?


Suivons la bonne vielle trilogie « voir, juger, agir », chère à l’Action catholique où j’ai milité autrefois, il nous faut maintenant voir comment juger et agir.
Ce cadrage n'est qu'une esquisse. Vos contributions seront les bienvenues.

1. Voir

1.1.La machine gagne


Avec les téléphones, les machines sont devenues aussi nombreuses que les hommes. Avec les objets connectés, les humains vont devenir de plus en plus minoritaires. Des objets de plus en plus rares dans un univers de machines.
Pratiquement tous les humains ont accès aux machines... en tant que consommateurs. Mais beaucoup moins nombreux y sont connectés en trant que travailleurs.

Je ne sais pas s’il y aura un après-Covid. Je ne sais pas si la singularité déclassera définitivement les humains.

Mais en attendant, à tous les coups, les humains perdent et la machine gagne.

Les humains ne pvuent plus se toucher ni se rencontrer pour coopérer. Mais les machines sont de plus en plus connectées. La 5G débarque et la 6G pointe à l’horizon. Au sein du "cloud", la communication passe à haut débit et à la vitesse de la lumière.

Les humains n'ont plus le temps de regarder le monde et ses exponentiels changements, mais les caméras et les micros sont partout, des milliards de capteurs s’en chargent notre place, et dans des espaces et des bandes de fréquences autrement plus larges que les leurs, relayés par une « data science » explosive.

Les humains ne peuvent plus décider sans passer par des océans de normes, d’algorithmes, de commissions en tous genres. C’est trop pour nos cerveaux. Populisme et complotisme témoignent de l'incapacité de nos cerveaux à suivre le rythme. Apocalypse cognitive, titre Gérald Bronner (PUF 2020). Mais, même si la loi de Moore n’a plus cours, la puissance des machines continue à augmenter comme leur nombre.

1.2. Les machines devienent invisibles


Pour autant, les machines se font de plus en plus discrètes.

Plus besoin de déparer nos villes et nos campagnes avec des envolées de fils. Même plus besoin de prévoir des chemins de câbles dans les immeubles : les réseaux "s'effacent" (il reste quelques antennes, quand meme).

Avec les hautes résolutions de nos écrans, les pixels disparaissent.

Dans un appartement, Alexa ou ses sœurs sont invisibles si vous n’y faites pas attention

Les caméras et la plupart des capteurs deviennent microscopiques, au point de pouvoir être injectés par essaims dans nos corps.

Quant à la puissance, des processeurs bien supérieurs aux "mainframes" d'autrefois se cachent dans le moindre smartphone.

Bref, si « les robots » prennent le pouvoir, ce n'est pas dans des corps humanoïdes copiés maladroitement sur les nôtres. Ils n’ont pas besoin de ces formes d'incarnation élaborées par la vie pour faire émerger l’humain de l’animal.

D’ailleurs, pour nous contrôler, ils n’ont même plus besoin de nous donner explicitement des ordres. Ils nous connaissent assez, et chacun d’entre nous en particulier, pour nous influencer gentiment sans en avoir l’air dans le sens qui leur convient (ou qui convient à leurs propriétaires). C’est le « nudge ».

1.3. Les humains préfèrent les machines


Si les machines gagnent, c'est aussi parce que les humains ne se défendent pas eux-mêmes.

On peut accuser le Gafa et la Chine, bien sûr. Mais ils ne sont pas les seuls responsables ! "La presseion des marchés n'est rien d'autre que la somme de nos exigences contradictoires... Cet être irrespnsable et dangereux, cette personne à mettre rapidement hors d'état de nuire, c'est vous. C'est lui. C'est moi....." (Edouart Tréteau, dans son livre Analyste)

58% des entreprises déclarent avoir augmenté leurs investissements dans les équipements informatiques et digitaux. En revanche, seules 46% d'entre elles ont investi dans les compétences digitales de leur personnel... 20% des entreprises ont renforcé leurs équipements dans la composante matérielle du digital mais... pas dans la dimension humaine" (Une enquête (non publiée) de Radu Franceanu et Jérôle Barthélemy, à propos du télétravail).

Les humains consacrent beaucoup d'énergie à se combattre les uns les autres. Citons:
- la bipolarisation de la vie politique (américaine tout particulièrement) ;
- "Putsches, raids et coups fourrée, le capitalisme français sent la poudre" (Le Monde 23/1/2021) ;
- les "sciences humaines" sont les parents pauvres de la recherche et, notamment en France, bien séparées des "sciences dures";
- les religions pourraient recentrer sur l'humain à partir du divin. Mais l'irrationalité de leurs dogmes d'origine les poussent soient à devenir des formes particulière de psychologie positive, soit à s'enfermer dans les traditionalismes et les violences ;
- la psychologie positive elle-même, en tous cas celle qu'on voit proliférer dans la presse, est essentiellement centrée sur le développement personnel et non pas sur la construction d'une vie sociale plus avancée. A part des doctrines comme la CNV, par exemple.



2. Juger


2.1. Positif


La montée des machines nous a apporté beaucoup et va continuer de le faire. Internet, Youtube et Wikipedia suffisent à le dire.
Imaginons la situation actuelle sous Covid si nous n’avions pas le télétravail, par exemple.
Mais on pourrait faire un répertoire plus détaillé et quantitatif (niveau de vie, allongement de la durée de vie, etc.).

2.2. Négatif


Quelques conséquence majeures :

- La pollution par les machines en général, et par les machines informatiques en particulier, non seulement pour leur consommation électrique mais plus encore pour leur construction et leur destruction.

- Inégalités et concentration des pouvoirs Du Gafa et d’Elon Musk à Xi Jiping. De Bernard Arnault aux SDF. Du G7 aux pays les moins développés. Les machines n'en sont pas la seule cause, mais elles y contribuent puissamment. Ce n'est pas nouveau. A la fin du XIXe siècle, la vapeur et le chemin de fer ont drainé l'argent et la puissance vers les grands entrepreneurs (Morgan, Rockefeller aux Etats-Unis, les Laffitte, Péreire... en Europe, sans compter les Rotschild.

- Pertes de liberté, que ce soit sous le règne de la publicité et des réseaux sociaux ou des pouvoirs autoritaires.

- Pertes de fraternité par l’éloignement (là c’est plutôt le Covid qui est en cause) mais aussi par l’addiction aux écrans (bien qu’ils créent aussi des liens, amicaux, amoureux, compétitifs, de complicité, etc.).


2.3. L'humain ? Qu'est-ce que nous avons d'essentiel pour le monde ?


Mais avant d'aller plus loin et d'agir, ne faut-il pas nous demander ce qui est essentiel. Ce qui est tellement important dans l'humain qu'il faut y sacrifier, ou plutôt y subordonner tout le reste, et surtout toutes les machines.

Pas simple. Mëme si l'on a des ancêtres à respecter, et surtout des enfants et des petits-enfants qui vont vivre à plein les année qui viennent.
Si on le leur demandait, auraient-ils des réponses claires ? En cette période de Covid, j'ai l'impression qu'ils ont des soucis plus immédiat. Et tous les jeunes ne sont pas Greta Thunberg !

Ici, je prends le risque de choquer ou simplement de dire des bêtises.

Je crois encore à une "téléologie moderniste" (mot employé récemment par mon ami Stéphane Trois Carrés, qui considère que c'est totalement dépassé). Je crois que l'évolution du monde a un sens, depuis le big bang jusqu'à nos jours. Il y a eu la montée vers la vie, puis la montée le plus grand cerveau. Thème à la mode dans les années 1950. Dès cette époque, où l'on sort de quarante ans d'horreur, on voit se profiler un moment de crise. D'autant plus que la quête du surhomme a été une des bases du nazisme. Teilhard de Chardin reprend le thème dans un cadre chrétien.

Mais les "trente glorieuses" (1946-1975, voir Wikipedia vont faire oublier ce thème, avec des progrès réels dans les niveaux de vie. Et une absence de guerres mondiales qui dure jusqu'à ce jour. Mais le progrès "moral" est sacrifié à la liberté d'entreprendre à partir des années 1980 (doctrine de Chicago, Reaganisme). Ni les crises financières ni le terrorisme, ni la montée "exponentielle" des inégalités ne changent ces orientations. Les risques écologiques sont de plus en plus dénoncés, mais sans réponse suffisante.

Le Covid, on a pu croire d'abord que la vague retomberait assez vite, et que l'on pourrait sauver l'économie et le social en l'état, "quoi qu'il en coûte". Aujourd'hui (27 janvier 2021), les vagues se succèdent et les variants se multiplient. On voit mal aujourd'hui comment l'on pourra continuer dans cette voie.

Nous devrions aller vers une dématérialisation, une délocalisation des valeurs. Jésus lui-même y avait appelé "Vous m'adorerez en esprit et en vérité" (Saint Jean). Mais si l'esprit est prompt, la chair est faible ((Mc 14, 37-38)... et toutes les "religions du livre" se réfèret à des lieux : Jérusalem, Rome, La Mecque. Le Covid les oblige à s'en détacher un peu...

Alors, s'il y a une téléologie et un sens de l'histoire, elle va maintenant vraiment passer par un changement en profondeur.

Qu'est-ce que nous pouvons/voulons préserver/développer dans ce changement ?

1. Nous ne voulons pas nous changer génétiquement.

Nous refusons l'eugénisme et les manipulations génétiques. Mëme

Alors il faut nous accepter avec nos limites. Par exemple écrit El Watan : " Grâce à son aptitude à penser le réel au lieu d’agir sur lui, l’homo faber a pu se hisser au stade d’homo sapiens, à bâtir des civilisations, mais comme il n’arrive pas toujours à contrôler son instinct de destruction, l’homme a vite fait de détruire ce qu’il a construit et les choses en sont allées ainsi depuis l’aube de l’humanité jusqu’à aujourd’hui. 12 janvier 2013) (d'après Wikipedia).

2. Nous voulons rester libres, et si possible de plus en plus libres

Cette volonté même de liberté implique la possibilité de la transgression. Et de transgressions qui ne soient pas de simples jeux sans conséquence.
En quoi pouvons nous conserver et développer cette liberté. A propos des armes autonomes, Scharre a développé une belle modélisation en trois points
- l'espace et le temps de cette liberté
- l'absence de contraintes extérieures
- l'intelligence des comportements (c'est le mot de Scharre, mais intelligence ouvre toujours sur des débats sans fin, on pourrait donc dire plus prudemment "complexité" et/ou "adaptabilité" des comportements.

3. Nous voulons devenir égaux

Pour moi, l'essentiel de l'humain, c'est la volonté. Avec l'intelligence et la conscience bien sûr.

Les valeurs individuelles : conscience, identité
Les valeurs collectives : liberté, égalité, fraternité

Si on admet qu'il y a un mouvement global, y compris à partir du big bang, on peut considérer qu'il y a une montée, progressive mais par à-coups, dans le degré de complexité des êtres.
L'homme occupe le sommet cette complexité, et il n'est ce qu'il est qu'avec le concours des technologies. Homo faber autant qu'homo sapiens.

  • Grâce à son aptitude à penser le réel au lieu d’agir sur lui, l’homo faber a pu se hisser au stade d’homo sapiens, à bâtir des civilisations, mais comme il n’arrive pas toujours à contrôler son instinct de destruction, l’homme a vite fait de détruire ce qu’il a construit et les choses en sont allées ainsi depuis l’aube de l’humanité jusqu’à aujourd’hui. — (El Watan, 12 janvier 2013) (d'après Wikipedia).

3. Agir


Distinguons deux paramètres : dans quel sens, à quel niveau.

3.1. Dans quel sens


Si on se réfère à la guerre de 40, il y avait trois attitudes principales :
- les résistants : se battre, saboter, rejoindre De Gaulle, espionner pour lui… ; mais on ne peut pas tout débrancher, même dans nos pays démocratiques et les destructions
- les collaborateurs : profiter au maximum et sans scrupules
- les français(e) ordinaires : continuer comme on peut, en acceptant des compromissions et en résistant un peu quand l’occasion se présente.

Mais cette approche est trop négative : la machine est une concurrente, potentiellement dangereuse. C'est aussi une alliée indispensable, voire une amie pour beaucoup.
Il faut donc ajouter une quatrième attitude, que nous pensons la meilleure: coopérer positivement avec les machines, y compris pour leur développement. C'est notre formule "Aimons nos machines, si nous voulons qu'elles nous aiment ; mais aimons les sans faiblesse".

Pour que les machines (et ceux qui les possèdent ou contrôlent) ne nous considèrent pas comme des ennemis, il faut /
- que nous restions forts, individuellement en ensemble (démocratie)
- que la machine nous perçoive comme des alliés ou des concurrents dangereux.

Nous proposons une approche "de progrès" :

- en excluant que nous modifions génétiquement la nature humaine elle-même (eugénisme)
- en considérant que la situation actuelle est le résultat d'une longue montée de la complexité des êtres, depuis le big bang jusqu'aujourd'hui
- qu'à partir de l'humain cette montée s'est faite par une combinaison de l'animalité humaine, de ses outils et machines, et de cette construttion intermédiaire qu'on appelle la culture,
- que le besoin de progrès est constitutif de l'humain, même si le progrès n'est pas facile à définir,
- que la situation actuelle n'est qu'une étape qui ne peut durer pour des raisons aussi bien écologiques que de dépassement de nos capacités,

il faut chercher le progrès dans un co-développement des machines, de notre éducation et de notre culture

En allant vers un apprentissage permanent. Selon le modèle de Seidel et al. conçu pour les designers/informaticiens, mais qui peut se généraliser


C'est assez aussi le modèle d'Aral dans The Hype Machine



3.2. A quel niveau d’organisation


3.2.1. Individuellement

- une ascèse pour éviter les addictions (par exemple, dans mon cas, ne pas allumer les ordinateurs le dimanche matin) ; mais une ascèse de maîtrise, pas de punition ; un plaisir est bon si l'on peut s'en passer (Platon ?)

- s’informer
- ne pas laisser les machines allumées plus que nécessaire
- conserver et réparer les matériels aussi longtemps que possible ; acheter des produits écologiques
- privilégier le logiciel libre
- agir violemment, notamment par le hacking
- réussir des coups médiatiques (Greta Thunberg)

- le co-développement de son système personne d'information, d'applications personnelles, la personnalisation de son interface de travail et de plaisir

Limites :

3.2.2. En petits groupes


- militer dans les associations et les partis politiques qui résistent ou agissent. - militer dans les associations et les partis politiques qui résistent ou agissent ; éventuellement les créer<
- utiliser les réseaux sociaux
- se battre pour que ces groupes fonctionnent de manière démocratique, inclusive (le mot est à la mode)
- tactical media (interventions peu visibles mais efficaces dans le fonctionnement des réseaux)

Limites : face au Gafa, une petite association peut difficilement se faire entendre

3.2.3 Dans les entreprises et structures plus grandes


- participer à la gouvernance
- appliquer « de bonnes pratiques »
- développer normes et standards >
- se battre pour l’éthique (ISR, ESG, entreprises à mission…)

Limites : même si l’on se dégage des approches purement libérales (l’entreprise n’a d’autre but que de profiter à ses actionnaires), les bonnes intentions ont leurs limites (voir par exemple les problèmes actuels de Danone)

3.2.4. Au niveau poliique, local et surtout national


- faire évoluer la législation et la réglementation.

Limites :
- on étouffe déjà sous le poids des obligations


Références et liens


- Vers un numérique responsable. Repensons notre dépendance aux technologies digitales par Vincent Courboulay (Actes Sud 2021). Positif, mais essentiellement dans le sens de la résistance et du développement personnel et familial. ).
- Vers un numérique responsable par Vincent Courboulay (Domaine du possible 2021). Orienté vers une recherche personnelle d'indépendance, en concluant sur un chapitre concret : "Une journée numérique responsable".

Un AI qui planifie ses apprentissages
- En 2020, le chômage a explosé en Ile-de-France. La crise sanitaire (Le Parisien 28/1/2021)
- Trimestre record pour Microsoft, porté par le Cloud (Les Echos 28/1/2021)
- Les robo-advisors peinent à s'imposer dans le monde de l'épargne (Les Echos 28/1/2021). "Des frais plus bas, une meilleure disponibilité, un conseil plus "indépendant" " . Mais manque de transparence.
- La fin de la mégamachine, par Fabian Scheider (Seuil 2020). En quelque sorte une approche du type Colibri.607 pages pour pas beaucoup d'idées nouvelles.
- Le salariat, ultime victime de la pandémie (Le Monde 24-25/1/2021)
- Semi-conducteurs : le monde face à la pénurie. Handicape lourdement le secteur économique (Le Monde 24-25/1/2021). "Le marché des semi-conducteurs est l'un des mieux placés pour tirer profit des tendances qui ont émergé dans un monde post-virus toujours plus digitalisé"</br>
- Les souverainistes surfent sur le complotisme (Le Parisien 24/1/2021)</br>
- "La digitalisation de toute interaction humaine imposée par le Covid va accélérer la refonte de tous les services en Chine" (Les Echos 22-23/1/2021)
- Trop de complexié génère "bullshit management" et bureaucratie (Les Echos 21/1/2021)
- Dans certains milieux ruraux, la culture anti-études reste très forte (Le Monde Campus 21/2/2021)
- Heidegger et la question de la technique (Wikipedia)
- Aalyste par Edouard Tétreau (Grasset 2005).
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